Par Bertrand Munier

(Photo 1) En 1951, le graveur Pierre Geiger devant son magasin nancéi - Copie

Fort de son titre de Meilleur Ouvrier de France, Pierre Geiger fixe son commerce à Nancy intra-muros. ©Michel Geiger

Son nom n’aiguise guère la curiosité. Pourtant ! Ce Vosgien devient entre-les-deux-guerres l’un des premiers Meilleur Ouvrier de France sur métaux avant de glisser à Nancy et fixer son magasin au célèbre Passage Bleu. Focus sur cet artiste exceptionnel, au demeurant très discret… et grand-père paternel de Karine Le Marchand.

 

Une existence vouée à la gravure

Président de la Chambre syndicale des maîtres graveurs de l’Est, Meilleur Ouvrier de France sur métaux en 1939 puis premier artisan de France et des colonies à l’Exposition nationale des artisans, Pierre Geiger travaillait aussi bien pour les médecins, huissiers, notaires… qui avaient besoin d’une plaque à leur nom, que pour la « fine » fleur aristocratique et épiscopale en quête d’armoiries, de cachets, d’ex-libris ou de gravures artistiques. Appartenant à une ancienne famille alsacienne, son grand-père signe l’acte d’option pour la France en 1872, emmenant avec lui toute la fratrie à Paris. Peu après, un groupe se fixe à Épinal dans les Vosges et y fait souche.

C’est là que Pierre Geiger voit le jour le 23 mai 1911. Aussi fréquente-t-il l’école libre de la rue de la Préfecture et suit, de 12 à 20 ans, les cours de dessin du maître Deflin en même temps qu’il fait son apprentissage chez le maître graveur Louis Fleurence (son cousin), ainsi qu’auprès du graveur mosellan Pignol. En définitive, il n’a d’autres formations artistiques, d’autres maîtres… que ces personnes. « Une fierté et un honneur », ressassait-il.

Un graveur héraldique notoire

Ayant quitté la cité des Images en 1931 et fait son service militaire en Algérie, il vient finalement s’installer à Nancy, non sans avoir entre temps unit sa destinée à une Messine (Augustine Burner) qui lui donne deux enfants, Michel et Martine. Le premier suit le sillon paternel dans les arcanes de la gravure. Quant au second, elle devient mère de deux filles, Agnès et Karine. Cette dernière gagne notamment l’univers de l’audiovisuel et sera très connue sous le pseudonyme de Karine Le Marchand. Désormais placé sous les ors du bon roi Stanislas, Pierre Geiger travaille dans son atelier de la rue Jeanne d’Arc puis Foch, tout en laissant à son épouse, les rênes de son magasin nancéien situé au célèbre Passage Bleu où se trouve ses différentes œuvres et récompenses.

(Photo 157) Le graveur Pierre Geiger devant son magasin du Passage Bleu

 

 

 

 

 

 

Pierre Geiger devant son magasin nancéien du Passage Bleu, conçu par l’architecte local Émile André, en 1932. ©Michel Geiger

 

 

 

 

 

 

 

 

La pièce de Meilleur Ouvrier de France (1939)

Parmi celles-ci figurent le diplôme de premier artisan de France et des Colonies qui est un Christ gravé sur argent, en taille-douce, sur plans, tout en décalé. En ce qui concerne son travail de MOF, il s’agit d’un sujet imposé : « Le Moissonneur Antique ». C’est un modelage en relief sur argent sans rien de repoussé. Il obtient ce titre lors du cinquième concours de Meilleur Ouvrier de France (1936-1939) dans la catégorie « gravure en vaisselle, bijoux et héraldique ».

Décédé le 31 octobre 1992 à Vandœuvre-lès-Nancy (54), ce graveur talentueux repose anonymement au cimetière nancéien du Sud, loin d’une reconnaissance publique.

(Photo 2) Grâce à cette pièce, Le Moissonneur Antique, (un modelage e

 

 

 

 

Grâce à cette pièce « Le Moissonneur Antique » (un modelage en relief sur argent sans rien de repoussé), Pierre Geiger ceint le liseré tricolore de MOF en 1939. ©Michel Geiger

 

Sûrement par atavisme, son fils Michel lui emboite le pas dans le milieu de la gravure. Après avoir entré en apprentissage chez son père à l’âge de 14 ans et fréquenter l’école Estienne à Paris, il revient s’installer définitivement à Nancy rue Saint-Dizier puis rue Stanislas. Atteignant l’excellence, il devient Grand Prix départemental des métiers d’art, détenteur de plusieurs médailles d’Or dont une à Paris en 1961 (à 19 ans), lauréat du travail à l’Exposition nationale en 1968… En fin de compte, il s’affirmera également comme un maître graveur maintenant à son plus haut niveau la gravure sur bijouterie-orfèvrerie et, plus rare, la gravure héraldique. Le dernier en Lorraine d’un métier passionnant mais très exigeant. Son travail d’une finesse et d’une minutie remarquable, digne d’un musée, Michel Geiger le doit aussi à son épouse Nicole, sa plus fidèle collaboratrice…. comme le fut des années auparavant ses parents entre eux.

(Photo 0157) Le graveur Michel Geiger

Digne héritier de son père Pierre, Michel Geiger devient un maître graveur réputé rue Stanislas à Nancy aux côtés de son épouse Nicole, jusqu'en avril 2015.  ©Bertrand Munier

Désormais le nom « Geiger » a disparu des almanachs du commerce nancéien depuis avril 2015 mais il le demeure aujourd’hui différemment grâce à Karine Le Marchand sans que le grand public puisse imaginer une once de seconde que ses parents furent des artistes hors-normes.