Le visage de Deborah Barnier n’est pas inconnu des hippodromes du Grand-Est

Le visage de Deborah Barnier n’est pas inconnu des hippodromes du Grand-Est. 

©Bertrand Munier

Dans le monde hippique encore très fermé à la gent féminine, la Mosellane Deborah Barnier apporte sa « douceur » chaque week-end sur les champs de courses du Grand-Est et notamment lors de ses montes en plat et en obstacles. Même si la « féminisation » des courses tend à se répandre tant au galop qu’au trop, il n’en demeure pas moins que le métier de jockey est difficile avec des horaires de travail astreignants et une hygiène de vie exigeante. Rencontre avec une jeune femme et maman passionnée…

Deborah Barnier est souvent en selle en période estivale sur le champ de courses

 

Deborah Barnier est souvent en selle en période estivale sur le champ de courses de Vittel dans les Vosges.©Bertrand Munier

Une femme dans la course…

Son sourire est communicatif. Sa gentillesse est permanente. Pourtant, la vie n’a pas été tendre avec elle. Âgée seulement de 7 ans, elle pleure la disparition de son papa. Née en Moselle, elle se réfugie dans le monde des chevaux et trouve son bonheur au contact des animaux dans un centre équestre alsacien. Si bien qu’à 11 ans, elle fait ses premiers galops… pour ne plus lâcher les rênes. « Je n’ai pas choisi la facilité avec ce métier, admet-elle, car il est très prenant dès potron-minet et ne laisse pas beaucoup de place pour les loisirs et une vie privée ». Malgré cette remarque patente, Deborah Barnier est une magnifique jeune maman d’un petit garçon de trois ans qui est au demeurant, le premier de ses supporters. 

C’est en Moselle à Niderviller près de Sarrebourg au centre d’entraînement de Philippe Lefèvre qu’elle fit ses gammes de jockey et c’est pour son patron d’apprentissage qu’elle gagna le droit de revêtir pour la première fois une casaque (2010). « Forcément, avoue-t-elle, ce sont des instants indélébiles. J’avais 18 ans et j’étais en selle sur un AQPS sur l’hippodrome vosgien de Vittel. » Ne rentrant pas « dans l’argent » selon le jargon des turfistes, elle fit preuve de beaucoup de simplicité pour une première en soulignant : « Il y a une complicité permanente avec sa monture. Il faut être à l’écoute de son cheval et se remettre en question sans cesse. » L’année suivante (2011)… le succès sera au rendez-vous. Et quelle victoire ! Les turfistes de l’hippodrome meurthe-et-mosellan de Nancy-Brabois, présents en cet instant mémorable, se souviennent encore de Deborah Barnier des années plus tard.

Deborah Barnier (toque jaune, casaque bleue et jaune)…

Deborah Barnier (toque jaune, casaque bleue et jaune)… au cœur des pelotons très souvent à connotation masculine.©Bertrand Munier

Une victoire à 154/1 pour le plus grand bonheur d’un père de famille

Remettant le pied à l’étrier après sa première monte vittelloise, elle est au programme d’une réunion nancéienne de galop-plat pour le compte de l’entraîneur Pierre-Joseph Barbier. En selle sur King Daphnée, Deborah Barnier n’a quasiment aucune chance de finir dans les cinq premiers (synonyme des 7% de l’allocation de base de l’épreuve pour elle) et encore moins de franchir le poteau en vainqueur. « En toute sincérité, avoue-t-elle, il y avait sur le papier des chevaux de meilleurs qualités. Toutefois, sur une course tout est possible. » La preuve ! King Daphnée causa une énorme surprise en s’imposant sans coup férir à 154/1. Les afficionados des champs de courses apprécieront l’exploit. Quant aux néophytes, ils retiendront qu’avec une mise de base de 1 euro, il fut possible de toucher le cheval gagnant à 154 euros. « Plus mes adversaires cravachaient leur monture, plus j’avançais librement, commente encore rétrospectivement l’heureuse lauréate. En outre, un père de famille est venu m’étreindre de joie à mon retour aux balances. Il avait misé 5 euros sur mon cheval (placé et gagnant). » En ce jour béni, son ange se nommait Deborah Barnier. Et cette dernière de renchérir : « Je me souviens très bien de cette journée dominicale. C’était le 16 octobre 2011 sur une distance de 1950 m avec 14 chevaux au départ. » Par la suite, King Daphnée retomba dans l’anonymat. Par contre, Deborah Barnier se sentit pousser des ailes et prouva à ses détracteurs (essentiellement masculins) que sa victoire nancéienne n’était pas un feu de paille. 

Deborah Barnier préfère les courses d’obstacles à celles de plat car il

Deborah Barnier préfère les courses d’obstacles à celles de plat car il y a un vrai respect des jockeys entre eux... et surtout envers une femme.©Bertrand Munier

Nouveau succès… un mois plus tard

Auréolée de la première victoire de sa jeune carrière, Deborah fut à nouveau sous les feux de la rampe le 23 novembre de la même année 2011 mais sur l’hippodrome nordiste du Croisé-Laroche. En selle sur Allez Bailey, un cheval entraîné par Samuel Bossert, elle répondit à l’attente de ses supporters en coiffant sur le fil des jockeys parisiens (et pas des moindres), tels que Maxime Guyon, Tony Piccone, Davy Bonilla, Johan Victoire… Forte de ces deux succès, elle dut attendre le 1er septembre 2013 pour mener au poteau à Divonne-les-Bains en tant que vainqueur, le cheval Petit Espoir, de l’entraîneur alsacien Yvonne Vollmer. Présente chaque année sur les programmes de France Galop, sillonnant les hippodromes de sa région (Montier-en-Der, Nancy, Strasbourg, Vittel, Wissembourg…) mais aussi franciliens (Chantilly, Compiègne, Fontainebleau…) ou encore de la Côte Normande (Deauville), elle s’enorgueillit enfin d’un succès en obstacle (sa discipline de prédilection) le 17 avril de cette année 2016, et ce, chez elle à Hoerdt près de Strasbourg en Alsace où elle a élu domicile. « Cette victoire, je l’attendais depuis longtemps, rapporte-t-elle. Ce fut avec Maienfeld, un hongre de 11 ans pour l’entraîneur propriétaire Albert Ketterer. »  

Au rond de présentation sous les ordres de l’entraîneur Julien

Au rond de présentation sous les ordres de l’entraîneur Julien Paulen.©Bertrand Munier

Avec à son actif près de 250 montes, 4 gagnants et environ 24 places (à ce jour d’édition), Deborah Barnier est toujours considérée comme apprentie jockey. Cependant, tout basculera au mois de mars prochain quand elle soufflera ses 25 bougies. « En cet instant précis, précise-telle, je n’aurai plus le droit à ma décharge d’apprentie soit deux kilos et demi. Forcément avec un tel handicap, je serai moins sollicitée et j’arriverai à un âge où mon rôle de maman est primordial. » De sages propos qui conduiront certainement Deborah Barnier à mettre un clap de fin sur sa carrière de jockey et de penser à son avenir différemment. 

Deborah Barnier à l’écoute de l’entraîneur propriétaire alsacien Clau

Deborah Barnier à l’écoute de l’entraîneur propriétaire alsacien Claude Weber.

 ©Bertrand Munier

Quoi qu’il en soit, d’ici là, tous les amoureux des champs de courses pourront découvrir une jeune femme extraordinaire qui n’a pas ménagé ses efforts : entre les montes des chevaux à l’entraînement le matin et son travail dans un cabinet vétérinaire l’après-midi… pour assouvir sa passion depuis sa tendre enfance.

 

 

Les prochaines montes (entre autres) de Deborah Barnier

Dimanche 7 août 2016

(hippodrome de Montier-en-Der)

Dimanche 14 août 2016

(hippodrome de Vittel)

Lundi 15 août 2016

(hippodrome de Vittel)

 

Deborah Barnier est l’une des rares femme jockey du Grand-Est

Deborah Barnier est l’une des rares femmes jockey du Grand-Est. ©Bertrand Munier